Utilisation de la haute technologie pour lancer des plantes vivaces indigènes sur le marché

Dans le secteur ornemental, un mouvement environnemental en constante évolution suscite une demande pour des plantes et des techniques de production végétale plus respectueuses de l’environnement. La demande pour des plantes à faible entretien, résistantes à la sécheresse et capables de vivre dans des milieux pauvres en nutriments va de pair avec la tendance vers l’utilisation grandissante de plantes indigènes favorables aux pollinisateurs dans nos jardins et plates-bandes. Cependant, comme tous les propriétaires de centres de jardinage ou paysagistes le savent trop bien, les plantes vivaces indigènes ne gagneront jamais le cœur des acheteurs et la faveur des concepteurs de plans d’aménagements paysagers si elles ne possèdent pas les attributs esthétiques voulus. Et, du point de vue des serriculteurs, la présence autrement souhaitable de plantes vivaces indigènes dans les jardins des consommateurs dépend de technologies de multiplication et de production rentables.

Un projet de recherche ambitieux explorant une variété de systèmes intégrés conçus pour surmonter les obstacles généralement associés à la production efficace d’espèces indigènes – Techniques intégrées pour améliorer la sélection, la production et la survie après repiquage d’espèces ornementales uniques – est en cours à l’Université de Guelph. Il s’agit d’un projet de grappe financé par l’Alliance canadienne de l’horticulture ornementale (COHA-ACHO) et le gouvernement du Canada dans le cadre du programme Agri-science du Partenariat canadien pour l’agriculture.

L’atteinte des objectifs variés et ambitieux de ce projet repose en grande partie sur une collaboration exceptionnelle entre experts et installations. Le directeur du projet, Alan Sullivan, possède plus de 25 ans d’expérience dans la sélection horticole et a consacré les dix dernières années de sa carrière à la sélection et à la physiologie d’espèces ornementales indigènes capables de tolérer des conditions de faibles niveaux d’eau et de faibles teneurs en nutriments.

Le codirecteur du projet, Praveen Saxena, a travaillé pendant 25 ans avec des intervenants des secteurs de la floriculture et de l’horticulture à la mise au point de protocoles efficaces sur la multiplication accélérée in vitro d’une large gamme de plantes ornementales et médicinales. M. Saxena est également directeur du Gosling Research Institute for Plant Preservation (GRIPP), un organisme affilié à l’Université de Guelph qu’il dirige avec M. Sullivan. Le GRIPP, qui se consacre à la préservation d’espèces végétales menacées, met à la disposition de ce projet des installations sophistiquées, y compris des dispositifs de cryoconservation.

Espèce de Dendrobium en culture actuellement utilisée pour mettre au point une technologie de multiplication d’orchidées.

Le projet, dont l’un des objectifs est la mise au point de variétés et de matériel génétique améliorés à partir d’espèces végétales qui présentent déjà des attributs environnementaux et esthétiques souhaités, fera appel à l’expertise de Rodger Tschanz, gestionnaire du programme du jardin d’essais d’espèces ornementales de l’Université. M. Tschanz, qui a passé de nombreuses années à superviser sur le terrain divers programmes de jardins expérimentaux et d’autres projets horticoles connexes, est la personne toute désignée pour contribuer à l’identification de plantes indigènes possédant des qualités ornementales supérieures et adaptées à des conditions environnementales difficiles.

Sullivan et Saxena ont deux objectifs ambitieux – la sélection accélérée de plantes vivaces nouvelles et prometteuses en vue de leur introduction sur le marché et la mise au point de technologies de multiplication et de production efficaces – et ils sont tous les deux enthousiastes quant à l’incidence économique possible de leur projet sur tous les secteurs de l’industrie ornementale. « Notre objectif est de mettre à la disposition de l’industrie ornementale canadienne un tout nouvel assortiment de plantes indigènes qui seront vendues dans le commerce et qui pourront soutenir une forte tendance du marché », déclare M. Sullivan.

Le démarrage fut prometteur, mais la crise de la COVID-19 a causé bien des maux de tête à MM. Sullivan et Saxena. « La COVID-19 a eu des conséquences graves », fait remarquer M. Sullivan. « Nous sommes reconnaissants à l’Université pour sa réponse favorable aux diverses demandes que nous lui avons présentées. L’aide que nous avons reçue nous a permis de poursuivre nos recherches, quoique d’une manière restreinte, et de maintenir le projet quelque peu sur la bonne voie à un moment où nos plantes étaient sorties de l’entrepôt frigorifique et où la période de floraison pendant laquelle nous pouvions réaliser nos croisements allait commencer. »

L’équipe de projet doit maintenant faire face à un certain nombre de dépenses imprévues. Un espace de serre supplémentaire est nécessaire pour répondre aux exigences en matière de distanciation physique. Par ailleurs, les dépenses supplémentaires, comme celles liées aux véhicules et aux déplacements additionnels requis en raison des restrictions liées à la COVID-19, continuent d’augmenter. Néanmoins, effectuer des dépenses imprévues vaut beaucoup mieux que de devoir tout recommencer.

Avec de l’ingéniosité et de la créativité, l’atteinte du premier objectif du projet demeure sur la bonne voie. En utilisant des méthodes de sélection à la fois traditionnelles et avancées, les chercheurs pourront mettre au point et à l’essai des variétés nouvelles et améliorées d’espèces présélectionnées dans le réseau du jardin d’essais de l’Université de Guelph. Parmi les dix espèces sélectionnées pour ce programme figurent Lobelia, Helinium, Physotegia, Allium, Penstemon, Monarda et Aquilegia. À cette liste initiale de plantes s’ajoutent plusieurs espèces d’orchidées indigènes et exotiques que M. Saxena est ravi d’avoir pu obtenir.

La mise au point de méthodes de production efficaces demeure essentielle au succès commercial de ces nouvelles variétés. En s’appuyant sur les résultats de recherche et les ressources accessibles par l’entremise du GRIPP et en utilisant diverses approches, les chercheurs élargiront les recherches déjà en cours pour étudier la capacité des composés d’indolamines à améliorer la croissance et la survie des plantes. Le recours à des systèmes optimisés de multiplication par culture tissulaire permettra d’améliorer l’efficacité de la production de masse, tandis que l’utilisation de techniques de cryoconservation contribuera à la constitution de biobanques d’importants génotypes d’espèces menacées et d’importance horticole.

Comme l’a souligné M. Saxena, malgré ses effets dévastateurs, la pandémie a suscité un nouvel intérêt à l’égard de l’importance de nos maisons et de nos jardins. « Il suffit de voir l’incidence de la COVID-19 sur le jardinage domestique pour comprendre l’importance que revêt l’horticulture ornementale. La croissance future de notre secteur est étroitement liée à la mise au point de nouvelles variétés, en particulier celles qui seront capables de soutenir la demande pour des plantes écologiquement viables. »

Organisme :  Université de Guelph

Équipe de recherche :

Dr. Alan Sullivan, professeur, Agriculture des plantes

Dr. Praveen Saxena, professeur, Agriculture des plantes, et directeur du GRIPP

Rodger Tschanz, technicien, gestionnaire du jardin d’essais de l’Université de Guelph

Penstemon hirsutus
Aquilegia canadensis
Lobelia siphilitica
Allium cernuum
Lobelia cardinalis